Le buttage des pommes de terre est un geste simple, mais il joue un rôle important dans la récolte. Il consiste à ramener de la terre autour des pieds pour former une petite butte. Cette terre protège les tubercules de la lumière, maintient les plants, limite les mauvaises herbes et favorise la formation de nouvelles pommes de terre.
Mais quand faut-il commencer ? Faut-il butter une seule fois ou plusieurs ? Et peut-on encore le faire lorsque les plants sont déjà hauts ? Voici les bons repères pour intervenir au bon moment, sans abîmer les plants.
Pourquoi butter les pommes de terre ?
Les pommes de terre se forment sur les tiges souterraines, au-dessus du tubercule planté. Plus la partie enterrée de la tige est longue, plus la plante peut produire de nouveaux tubercules. Le buttage permet donc d’augmenter le volume de terre disponible autour du plant.
Cette opération présente plusieurs avantages très concrets :
- elle favorise la formation de nouvelles pommes de terre ;
- elle empêche les tubercules de rester à la lumière et de verdir ;
- elle protège les jeunes plants contre les petites gelées printanières ;
- elle maintient les tiges droites malgré le vent ou la pluie ;
- elle limite le développement des mauvaises herbes entre les rangs ;
- elle améliore l’évacuation de l’eau autour des plants en sol lourd.
Une pomme de terre exposée à la lumière devient verte. Cette coloration est liée à la présence de solanine, une substance qu’il vaut mieux éviter de consommer. Même si le tubercule est encore comestible après avoir retiré largement la partie verte, le plus simple reste de maintenir les pommes de terre bien couvertes.
Quand butter les pommes de terre pour la première fois ?
Le premier buttage se fait généralement lorsque les plants atteignent 15 à 20 cm de hauteur. Selon la date de plantation, la météo et la variété, cela correspond souvent à trois ou quatre semaines après la levée.
Il ne faut pas se fier uniquement au calendrier. Observez les plants. Lorsqu’ils sont bien sortis, avec plusieurs feuilles développées et des tiges encore souples, le moment est venu d’intervenir.
Le buttage peut être réalisé un peu plus tôt si une baisse des températures est annoncée. Une couche de terre de quelques centimètres protège les jeunes pousses d’une gelée légère. En revanche, évitez de recouvrir complètement un plant déjà bien développé. Les feuilles ont besoin de lumière pour assurer la croissance de la plante.
Un premier passage trop précoce n’est pas forcément inutile, surtout au potager. Il peut servir à désherber et à ameublir la terre. Mais si les tiges ne sont pas encore visibles, il est difficile de former une butte précise sans risquer de déplacer les plants ou les pommes de terre récemment installées.
Le bon moment dans la saison
La période dépend de la date de plantation. Dans la plupart des régions, les pommes de terre sont plantées entre mars et mai, une fois que le sol est suffisamment réchauffé. Le buttage intervient ensuite, au fur et à mesure de la croissance.
Voici des repères simples :
- Plantation en mars ou début avril : premier buttage possible en avril, après la levée et lorsque les plants mesurent environ 15 cm.
- Plantation en avril : le premier passage se fait souvent en mai.
- Plantation en mai : le buttage intervient généralement entre mai et juin.
- Pommes de terre tardives : elles peuvent demander plusieurs buttages, car leur feuillage reste actif plus longtemps.
La météo compte autant que la date. Travaillez de préférence après une pluie légère, lorsque la terre est fraîche et souple, mais pas détrempée. Une terre collante se travaille mal et forme des blocs compacts. À l’inverse, une terre très sèche se déplace difficilement et risque de casser les jeunes tiges.
Combien de fois butter les pommes de terre ?
Dans un potager familial, deux buttages suffisent généralement. Un troisième passage peut être utile pour les variétés tardives, les plants très vigoureux ou les parcelles où la terre s’est affaissée après de fortes pluies.
Le premier buttage a lieu lorsque les plants mesurent 15 à 20 cm. Ramenez alors la terre autour des tiges en laissant dépasser environ 10 cm de feuillage.
Le deuxième intervient deux à trois semaines plus tard. Les plants ont normalement pris de la hauteur. Vous pouvez rehausser la butte et atteindre environ 20 à 25 cm de hauteur totale, selon la nature du sol et la vigueur des plants.
Un dernier passage peut être réalisé avant la floraison ou au tout début de celle-ci. Il permet de couvrir les tubercules qui se seraient rapprochés de la surface. Évitez cependant de multiplier les interventions sans raison. Chaque passage dans la parcelle peut abîmer les racines, tasser le sol ou casser les tiges.
Comment faire un bon buttage ?
Avant de commencer, désherbez rapidement entre les rangs. Les mauvaises herbes sont plus faciles à retirer lorsqu’elles sont jeunes. Choisissez ensuite une binette, une houe ou un buttoir. Pour quelques rangs, une simple binette suffit largement.
Le principe est de ramener la terre située entre les rangs vers la base des plants. Travaillez des deux côtés afin de former une butte régulière. La terre doit entourer les tiges sans les écraser.
- Placez l’outil à quelques centimètres du pied pour ne pas couper les racines.
- Tirez la terre progressivement vers la plante.
- Laissez dépasser les feuilles supérieures.
- Formez une butte large plutôt qu’une pointe très étroite.
- Évitez de marcher directement sur les buttes fraîchement réalisées.
Une butte bien faite ressemble à une petite ligne bombée, avec les tiges au centre. Elle ne doit pas être trop tassée. La pluie et les arrosages finiront naturellement par la stabiliser.
Si vous utilisez un motoculteur ou un buttoir à roue, avancez lentement. Un outil trop proche du rang peut sectionner les racines ou déterrer les jeunes tubercules. Dans un petit potager, la précision d’un outil manuel reste souvent plus intéressante que la rapidité d’un passage mécanique.
Faut-il butter lorsque les plants commencent à fleurir ?
Oui, c’est encore possible, mais il faut intervenir avec davantage de précautions. La floraison indique que la plante est déjà bien développée. Les tiges sont plus longues, parfois moins souples, et les premières pommes de terre peuvent être déjà formées.
À ce stade, ajoutez seulement une fine couche de terre si nécessaire. Le but est de couvrir les tubercules visibles ou de renforcer une butte qui s’est affaissée. Évitez de recouvrir une grande partie du feuillage, car cela ralentirait la plante.
Une observation rapide permet de décider. Si aucune pomme de terre n’est visible et que la butte reste bien haute, inutile de remuer le sol. Si des tubercules apparaissent sur les côtés ou si la pluie a raviné les rangs, un léger buttage est utile.
Que faire si les plants sont déjà très hauts ?
Il arrive que le buttage soit oublié, que la météo ait empêché de travailler ou que les plants aient poussé très vite. Lorsque les tiges dépassent 30 cm, ne cherchez pas à les enterrer complètement en une seule fois.
Ramenez doucement quelques centimètres de terre autour du pied, sans plier les tiges. Si elles sont longues et fragiles, procédez par petites quantités. Vous pouvez réaliser deux passages espacés d’une semaine plutôt qu’un seul apport important.
Lorsque le feuillage est très développé, la paille ou les feuilles mortes bien décomposées peuvent prendre le relais. Cette couverture protège les tubercules de la lumière et évite de manipuler les tiges. Elle doit être assez épaisse pour rester en place, mais pas trop humide au contact direct du feuillage.
Le buttage avec de la paille ou du paillage
Le buttage classique se fait avec de la terre, mais le paillage peut compléter ou remplacer cette méthode dans certaines situations. La paille, les tontes de gazon sèches, les feuilles mortes broyées ou le compost mûr peuvent être installés autour des plants.
Cette solution est intéressante dans les sols lourds, très caillouteux ou difficiles à travailler. Elle conserve l’humidité, limite la pousse des herbes indésirables et permet de récolter plus facilement. Pour les pommes de terre cultivées sous paille, il suffit généralement de couvrir les tiges au fur et à mesure de leur croissance.
Attention toutefois aux tontes fraîches. Elles chauffent en se décomposant et forment rapidement une couche humide et compacte. Laissez-les sécher quelques jours ou mélangez-les avec des matières plus sèches.
Le paillage doit également rester suffisamment épais pour empêcher la lumière d’atteindre les tubercules. Une couche trop fine se tasse vite après une pluie et ne joue plus son rôle.
Les erreurs à éviter au moment du buttage
Le buttage est facile, mais quelques erreurs peuvent réduire son intérêt ou fragiliser les plants.
- Butter dans une terre détrempée : vous risquez de créer une masse compacte qui manque d’air.
- Attendre que les tubercules soient verts : il faut intervenir dès que la terre se creuse ou que les pommes de terre apparaissent.
- Recouvrir tout le feuillage : les feuilles enterrées ne peuvent plus correctement capter la lumière.
- Utiliser une houe trop près des tiges : les racines et les stolons peuvent être coupés.
- Former une butte trop étroite : elle s’érode rapidement et protège moins bien les tubercules.
- Travailler juste après un arrosage abondant : attendez que le sol ressuyé soit de nouveau facile à émietter.
- Butter sous une forte chaleur : choisissez plutôt le matin ou la fin de journée pour limiter le stress des plants.
Comment savoir si le buttage est réussi ?
Après l’intervention, les plants doivent rester droits, avec leur feuillage supérieur bien dégagé. La terre doit entourer la base sans former une croûte dure. Si vous grattez légèrement le haut de la butte, vous ne devez pas voir de tubercules exposés.
Surveillez la parcelle dans les jours suivants. Une pluie importante peut creuser des sillons et faire redescendre la terre entre les rangs. Dans ce cas, remontez simplement les parties affaissées. Si le sol sèche rapidement, un paillage léger aidera à conserver l’humidité.
Le feuillage reste également un bon indicateur. Des plants qui se redressent et continuent à produire de nouvelles feuilles sont généralement bien installés. Si plusieurs tiges sont cassées ou jaunissent juste après le buttage, l’outil était probablement trop proche ou la terre trop lourde.
Après le dernier buttage, quels soins apporter ?
Une fois les buttes en place, surveillez l’arrosage. Les pommes de terre ont besoin d’une humidité régulière pendant la formation des tubercules, surtout au moment de la floraison. Arrosez au pied, de préférence le matin, plutôt que sur le feuillage.
Un arrosage profond et espacé est préférable à de petites quantités quotidiennes. L’eau doit pénétrer dans la butte sans la détremper. Un sol qui alterne entre sécheresse complète et excès d’eau peut provoquer des tubercules irréguliers ou fendus.
Continuez aussi à observer les feuilles. Des taches, un jaunissement précoce ou des feuilles grignotées peuvent signaler une maladie ou la présence de ravageurs. Lorsque le feuillage commence naturellement à jaunir et à se coucher, la récolte approche. Attendez que les tiges soient bien fanées pour les variétés de conservation, puis arrachez les pommes de terre par temps sec.
En pratique, retenez surtout ce repère : buttez une première fois lorsque les plants atteignent 15 à 20 cm, puis renouvelez l’opération deux ou trois semaines plus tard si la croissance et l’état des buttes le justifient. Avec une terre travaillée au bon moment, des gestes précis et un peu d’observation, les pommes de terre disposent de bonnes conditions pour produire généreusement.
